Calendrier de l’Avent inversé : des boîtes pleines de cœur

11 décembre 2020

Lancée en décembre 2019 sur Lille, la mission citoyenne « Calendrier de l’Avent inversé » tend à recréer du lien humain : donner à des personnes dans le besoin plutôt que recevoir. Cette année, le projet, porté par Mangaïa Bar et Fanny Falgas, s’est exporté dans toute la France pour atterrir sur Montpellier et les villages alentours.

Avec son manteau rouge et ses deux cadeaux de Noël dans les bras, Aurélie de Guillebon a tout du père Noël, la barbe en moins. Elle les pose soigneusement au pied du sapin trônant dans la salle de La Fabrique – Bar à Salades, tenue par Mathieu Lecomte, gérant et fondateur depuis le 26 octobre. Ils sont un peu en avance sur le 25 décembre mais c’est normal. Depuis le 23 novembre, la maman de 3 enfants, est devenue référente sur Montpellier Sud de la mission citoyenne « Calendrier de l’Avent inversé », portée à l’origine par Mangaïa Bar auto-entrepreneuse et créatrice de joie de vivre et Fanny Falgas, graphiste et binôme invétéré.

Des cadeaux pour ceux qui n’en auront pas

Tisser du lien entre humains, c’est un peu le mantra des deux amies. Elles cocréent des projets qui ont du sens sur Lille, des câlins gratuits par exemple, et l’année dernière, l’opération « Calendrier de l’Avent inversé. » Cette démarche est partie d’un simple visuel. Ce dernier proposait de mettre, chaque jour, un objet utile dans une boîte en carton, pour au final en avoir 24, la fermer et la remettre à un sans-abri. « Fanny a repris cette image pour l’adapter à ce que nous avions envie de faire : une démarche de cœur à cœur, d’humain à humain. Nous avons gardé l’idée originale de déposer 24 objets dans un carton, nous avons juste ajouté la dimension de cadeau de Noël en emballant cette boîte », indique Mangaïa.

Calendrier de l'Avent inversé Montpellier

Aurélie de Guillebon, référente sur Montpellier Sud, dépose des colis récupérés à l’école de sa fille Léa. Crédit Photo : A.C.

calendrier de l'avent inversé

Fanny à gauche et Mangaïa à droite, pendant l’expérience humaine  » câlins gratuits.  » Crédit Photo : Mangaïa Bar.

Du lien à différents niveaux

S’il est censé n’exister qu’un seul père Noël, Mangaïa et Fanny font fi de cette tradition et donnent les rennes à plusieurs lutins lillois en décembre 2019. « Nous voulions que la population agisse à travers un acte solidaire mais pas seulement. On a fait intervenir les commerçants, petits et gros, pour qu’ils se sentent utiles en tant que point de collecte. Les gens déposent leur boîte dans le commerce le plus près de chez eux et cela recrée du lien social au niveau local », insiste l’auto-entrepreneuse. Dans cette chaîne vertueuse, un dernier maillon s’accroche : une ou plusieurs associations locales pour la redistribution des colis : « Nous nous sommes rendues compte que les gens donnaient à des structures très connues alors qu’il y a aussi des associations locales plus petites qui font un travail remarquable. Par manque de visibilité, on passe à côté, alors qu’elles méritent aussi d’être soutenues. » Avec 3 points de collecte sur Lille l’année passée, les deux amies ont récolté 151 boîtes.

Des boîtes qui s’exportent

En déménageant dans le Finistère cette année, Mangaïa laisse Lille aux bons soins de Fanny et ramène le concept dans ses bagages, bien décidée à le développer sur la pointe bretonne. Mais elle n’est pas la seule… « Plusieurs personnes ont commencé à me contacter pour savoir si d’autres points de collecte existaient ailleurs en France. Ils adoraient le principe, ils voulaient le faire aussi sur leur territoire », s’étonne-t-elle. Très vite, la mission citoyenne dépasse largement les frontières du Nord et du Finistère, elle vient s’implanter à Paris, dans le Var, dans l’Aveyron, jusque dans l’Hérault. Elle s’exporte même dans le monde, comme à Montréal et à Berlin. « On n’imaginait pas une telle ampleur, ce n’était absolument pas le but à la base. Mais les gens sont très demandeurs, ils ont vraiment envie de s’investir dans une démarche qui leur tient à cœur. Puis, on s’est largement faite dépasser, le post de cette année a été vu par plus de 730 000 personnes. »

Cedit post vu, sur Facebook le 17 novembre, par notre faux Père Noël Aurélie : « J’ai remarqué qu’il n’y avait pas de relais local dans le sud de Montpellier, j’ai contacté Mangaïa pour en savoir plus et elle m’a dit : « Pourquoi pas vous ? » » Une semaine après, la vendarguoise était lancée. Accompagnée comme les autres référents partout en France par Mangaïa, Aurélie initie le projet entre Vendargues et les villages au Sud de Montpellier. Avec 9 points de collecte recensés, dont le commerce de Mathieu, 30 boîtes ont déjà été déposées.

Des femmes et des femmes

« Chaque personne qui mène le projet a ses valeurs. Elle va le porter avec son cœur pour lui donner un beau rayonnement », appuie la créatrice de joie de vivre. Tout le monde peut se lancer, « il n’y a pas de profil type pour agir », même si pour l’instant, ce ne sont que des femmes qui s’engagent dans l’aventure ; il n’y a pas d’hommes seuls ou alors, comme en plaisante Mangaïa : « Ce sont des hommes qui se sont faits embarquer par une femme. » D’apparence anodine, ce constat pose problème car l’année dernière 85% des colis récoltés étaient donc à destination de femmes. Or, c’est une majorité d’hommes qui vit dans la rue. « Cela a remis en question les premières associations locales que nous avions choisies l’an passé. On a dû router les colis vers des structures dédiées exclusivement aux femmes. Cette année, fin novembre, nous sommes à 200 boîtes récoltées sur Lille et là encore, une majorité d’entre-elles sont floquées d’un F*. Fanny va donc prévoir un visuel pour sensibiliser aux besoins de cadeaux pour hommes. »

Des référents valeureux et pleins de valeurs

A l’instar des deux instigatrices de la mission citoyenne, Aurélie ne chôme pas et mobilise son réseau héraultais pour rendre visible l’opération : « Comme je travaille chez Dell, j’ai fait passer l’information à mon CE (Comité d’entreprise). J’ai également sollicité l’école primaire de ma fille, la crèche où je laisse mon fils pour élargir mon rayon d’action et j’ai également posté la démarche sur mon profil Facebook. » Une implication loin d’être forcée, cette maman pleine d’énergie se reconnaît totalement à travers cette action solidaire : « Je connais bien ce public ayant travaillé dans un accueil de jour près du Corum pendant un an, en 2008. Mais j’ai baigné dans ces valeurs altruistes bien avant ça », raconte-t-elle.

Calendrier de l'Avent inversé Montpellier

Mathieu est papa d’une petite fille qui se trouve dans la même classe que Léa. Crédit Photo : A.C.

Aurélie et Mathieu lancés dans le projet  » Calendrier de l’Avent inversé  » depuis fin novembre. Crédit Photo : A.C.

Un gain émotionnel

Cette initiative apporte une véritable richesse, non pas financière mais humaine grâce à tous les retours positifs : « J’ai tellement de beaux témoignages qui racontent le bien que ça fait aux gens, qu’ils reprennent vie et vivent des choses extraordinaires ! Toutes ces personnes m’expliquent ce que le projet crée en eux, autour d’eux et rien que pour ça, je préfère vivre cette aventure plutôt que gagner quelques sous avec plusieurs contrats ! », lance l’ancienne lilloise.

Par ailleurs, les gérants de boutiques ou services, transformés en points de collecte, sont eux aussi ravis de participer : « Mathieu n’a pas hésité un seul instant quand je lui ai proposé l’idée », confie Aurélie. Le fondateur de La Fabrique Bar à Salades ne peut que confirmer : « C’est un échange de bons procédés, je fais découvrir mon magasin tout en participant à une bonne action. Il y a souvent un creux entre penser aider et agir. Là ce n’est pas grand-chose en soit mais ça me fait très plaisir d’être inclus dans cette démarche. »

Vecteur de valeurs, le projet « Calendrier de l’Avent inversé » inspire aussi les plus jeunes : « Ma fille Léa a fait sa propre boîte qu’elle offrira à une autre petite fille de son âge. Chaque jour, elle laisse un petit objet, le dernier coup c’était une jupe à paillettes », décrit joyeusement Aurélie. Une excellente occasion de leur apprendre à donner plutôt que recevoir pour « faire plaisir à des gens qui n’auront rien pour Noël », appuie-t-elle.

Une mission citoyenne inscrite dans la durée ?

Si cette année, le projet va donner un Noël à ceux qui n’en auront pas, Mangaïa ne sait pas comment va se profiler l’édition suivante car oui, il est à peu près certain que l’action soit reconduite : « Les points de collecte me disent qu’ils veulent remettre ça, mais moi-même je n’étais pas au fait de recommencer, rit-elle. On voit bien que quelque chose vient de se créer, mais on ne sait pas si ce sera nous qui continuerons de porter le projet ou si nous monterons carrément une association autour de ça. Pour l’instant, on n’y pense pas, on veut juste faire les choses bien, de façon qualitative et pour ça, on se donne corps et âme. »

Si, comme Léa, vous avez envie d’offrir un peu de bonheur à une personne dans le besoin, vous avez jusqu’au 17 décembre pour poser votre boîte dans le point de collecte le plus proche de chez vous.

* Il est demandé d’écrire à qui est destiné le colis : H pour homme, F pour femme, U pour unisexe, E pour enfant avec le sexe et la tranche d’âge (ex : EF 10-12).

Retrouvez cette initiative citoyenne et tous les points de collecte en France sur la page professionnelle de Mangaïa « La bulle inattendue » : https://www.labulleinattendue.fr/operation-calendrier-de-lavant-inverse/

Découvrez ici les points de collecte sur Montpellier Sud et ceux sur Montpellier Nord et centre.

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